Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
mrap montpellier

Pour l'amitié entre les peuples. Lutte contre le racisme et toutes formes discriminations

À 4 ans, je faisais la manche avec ma soeur,

Publié le 15 Janvier 2015 par mrap montpellier

Spartacus & Cassandre
Spartacus & Cassandre

À 4 ans, je faisais la manche avec ma soeur,
À 6 ans j’ai sauté une classe,
À 7 ans je viens en France,
À 8 ans je volais des autoradios,
À 9 ans j'ai rencontré Camille,
À 13 ans on m'a fait quitter mes parents »

Je vais vous le dire de but en blanc. Nous sommes entre nous, on va gagner du temps : vous ne le savez pas encore, vous ne pouvez même pas vous en douter, mais Spartacus & Cassandra est très précisément le film que vous attendiez. Parole ! Parmi tous ces films fragiles qui arrivent miraculeusement jusqu'à nos écrans, ceux qu'on dit dédaigneusement « petits », voilà une vraie pépite, un miracle de cinéma, un doux rayon de soleil qui vient discrètement s'immiscer dans la grisaille des jours et vous réchauffer les os au cœur de l'hiver, un joli chant d'amour enfantin qui réussit (un tour de force par ces temps obscurs) à nous redonner foi en l'humanité, un conte de fées vrai, tendre et généreux - et qui charrie dans son sillage ce qu'il faut de saine colère, d'émotion sincère, de violence difficilement contenue, pour vous tenir en haleine, vous faire rire et pleurer, vibrer, trembler, vous enthousiasmer… J'exagère ? Sans doute, mais pas assez.
Il était une fois. Il était une fois, il y a peu, dans un pays pas très éloigné du reste où une partie non négligeable de la population vivait dans une très grande pauvreté, un garçon qui naquit au cœur de l'hiver. Un garçon qui riait tellement malgré le froid, qui sembla si robuste à ses parents qu'ils décidèrent de l'appeler Spartacus. Quelques années plus tard, Spartacus eût une petite sœur, qu'on baptisa - mais le conte ne dit pas pourquoi - Cassandra. Le conte ne précise pas non plus le pourquoi ni le comment, mais la famille de Cassandra et Spartacus devait avoir bien du mal à joindre les deux bouts dans la banlieue de Bucarest – et le pain venant plus d'une fois à manquer, ils firent leur valise et partirent tenter leur chance un peu plus à l'ouest. À ce stade du conte, on l'aura remarqué : aucune bonne fée n'a été appelée sur le berceau des chérubins, aucune paire de bottes de sept lieues n'a permis de franchir joyeusement les frontières, aucun haricot magique n'est venu déboucher l'horizon d'une vie d'errance assez peu folichonne. En fait, l'histoire commence vraiment dans une autre banlieue, une décennie plus tard. Spartacus et Cassandra ont voyagé, ont grandi. Ils vivent tant bien que mal avec leurs parents, dans ce bidonville de Saint Denis, aux portes de Paris, où le cirque Raj'Ganawak a planté son chapiteau et où Camille, une jeune trapéziste, a pris les deux gamins sous son aile. Mendicité, larcins, descentes de police, comparutions, démerde à tous les étages, alcoolisme du père, lente descente aux enfers pour la mère, leur chemin de vie qui semblait bien tracé et sans issue prend un tour inattendu. Il y aurait une alternative. Une bifurcation. Il serait possible que Spartacus et Cassandra ne vivent plus dans la rue. Il serait possible que Cassandra et Spartacus, sur le territoire français, puissent se stabiliser – c'est le marché que va leur proposer la justice : qu'ils parviennent à abandonner leurs parents, qu'ils se scolarisent, qu'éventuellement ils acceptent le principe d'une famille d'accueil. C'est précisément ce que va raconter le film : cette histoire d'enfants à qui on va demander de prendre des décisions d'adultes, qui vont être mis en demeure de quitter leur enfance – mais que l'intervention d'une bonne fée va aider à vivre de belles échappées libres et poétiques, purement enfantines. Parce que c'est Spartacus et parce que c'est Cassandra, parce que tout passe en permanence par leurs regards, parce que tout est toujours filmé à leur hauteur, parce qu'il y a leurs peurs, mais aussi parce qu'il y a leurs rires, leur humour et leur vitalité, ce qui devrait être un documentaire dramatique prend soudainement des airs d'échappée burlesque et poétique. À l'unisson des enfants, on est brinquebalé dans un mouvement incontrôlable au milieu duquel on en arrive à ne plus trop savoir si les fées vous veulent du bien, si les ogres vous veulent du mal, si les injonctions de vivre comme ceci ou de décider comme cela ont vraiment du sens – et au bout du compte, le monde adulte semble un cirque déréglé qu'ils regardent avec leurs yeux d'enfants, éberlués. Ils n'en sont pas moins extrêmement lucides et leur regard sur leur situation, sur leurs parents, sur l'idée de famille qu'ils se construisent à force de volonté, force le respect et l'admiration. Lumineux, solaire, le film de Ioanis Nuguet capte ces fragments d'histoire avec une grande douceur et beaucoup de générosité. Spartacus et Cassandra échappe avec grâce à tous les pièges du film à thèse ou du portrait misérabiliste. Sans doute parce que c'est aussi un conte, et que la fin d'un conte est forcément une belle fin – au moment où, peut-on penser, l'histoire ne fait que commencer. Et, à sa grande surprise, le spectateur en sort heureux et transformé.
Les Cinémas Utopia.

P { margin-bottom: 0.21cm; }

Publicité
Publicité
Commenter cet article
Publicité