Expulsions forcées, récoltes détruites, maisons rasées ou brûlées, les témoignages des communautés rurales des provinces d’Oddar Meanchey et de Kampong Speu au Cambodge sont accablants. Depuis plusieurs années, les industriels du sucre, encouragés par l’initiative européenne « Tout sauf les armes », se voient accorder des concessions économiques à grande échelle au détriment des populations locales. Privées de leurs terres, des milliers de familles luttent aujourd’hui pour survivre. Du 21 janvier au 2 février 2014, Peuples Solidaires- ActionAid France s’est rendue au Cambodge et a produit un rapport très complet (à télécharger ici)
12 000 personnes spoliées, deux villages détruits, onze mille hectares de champs et vergers saisis, les compagnies sucrières dépossèdent des milliers de cambodgien-ne-s de leurs terres. Cette attitude prédatrice est encouragée par la politique commerciale de l’Union européenne, qui absorbe 97 % des exportations cambodgiennes de sucre. En septembre dernier, Peuples Solidaires lançait un Appel Urgent demandant à la Commission européenne de mener une enquête sur les violations de droits humains liées à la production du sucre du Cambodge. Malgré une très forte mobilisation de la société civile au Cambodge et en Europe, malgré une résolution d’urgence du Parlement européen, malgré les preuves et les témoignages accablants, la Commission refusait de mener cette enquête. Peuples Solidaires a alors décidé de se rendre sur place en compagnie d’un eurodéputé français Patrice Tirolien et de journalistes pour constater les conséquences de cette politique, établir les responsabilités et interpeller les différents acteurs
La délégation – accompagnée de ses partenaires locaux ActionAid Cambodge et Equitable Cambodia -, est allée à la rencontre des communautés rurales des provinces d’Oddar Meanchey et de Kampong Speu. Désireux de se faire entendre, des habitant-e-s de plus de 10 villages s’étaient rassemblés pour exposer leurs doléances. Toutes et tous ont témoigné de la violence avec laquelle les communautés rurales ont été chassées pour laisser place aux entreprises de l’agrobusiness : maisons brûlées, bétail abattu, terres saisies. Les paysans ont vu leurs cultures de riz rasées pour planter de la canne à sucre destinée à l’exportation. Les familles peinent à se nourrir et se retrouvent surendettées ou contraintes à travailler dans les plantations ou migrer vers la Thaïlande. Celles et ceux qui ont tenté de résister à l’accaparement de leurs terres ont dû faire face à l’intimidation des forces de police, à des arrestations arbitraires.
La Phnom Penh Sugar Company, seule entreprise sucrière qui a accepté de rencontrer les représentants de l’Union européenne à Kampong Speu, s’est totalement déchargée sur le gouvernement cambodgien, officiellement propriétaire des terres qu’elle utilise, se dédouanant ainsi de toute responsabilité. Si le gouvernement a refusé de rencontrer la délégation de Peuples Solidaires, il serait actuellement en train de discuter d’une solution pour les familles avec la délégation de l’Union européenne. En effet, la présence sur le terrain, directement à l’écoute des victimes, d’un eurodéputé au sein de la délégation de Peuples Solidaires, a été largement relayée par les médias cambodgiens. Plusieurs années après avoir perdu leurs terres, ces familles espèrent toujours pouvoir les récupérer ou obtenir une juste compensation leur permettant de subvenir à leurs besoins.
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