Mis à jour : 16-10-2013 16:10 - Créé : 16-10-2013 08:07
POLEMIQUE - Plusieurs voix de la gauche ont violemment interpellé le ministre de l'Intérieur suite à l'expulsion controversée d'une collégienne rom kosovare. Manuel Valls s'en est justifié mardi soir.
Entre Valls et son camp, c'est la polémique à mille temps. Après avoir soulevé l'indignation jusque dans les rangs du gouvernement pour ses propos sur l'intégration des Roms, le ministre de l'Intérieur est aujourd'hui brocardé pour les méthodes employées par la police lors d'une expulsion. Le 9 octobre, Leonarda, une adolescente rom de 15 ans vivant à Levier (Doubs) a été expulsée du territoire avec sa famille, direction le Kosovo. Détail qui compte : elle a pour cela été extirpée d'un bus qui l'emmenait avec sa classe pour une sortie scolaire.
Sans surprise, la méthode a été dénoncée mardi par le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon, qui a fustigé la "politique inhumaine" du ministre de l'Intérieur. "Manuel Valls a beau jeu de décréter que les Roms ne veulent pas s'intégrer, alors même qu'il les pourchasse jusque dans les écoles", s'est insurgé le PG dans un communiqué, estimant que "la lepénisation des esprits a décidément pris ses quartiers place Beauvau".
Le porte-parole du PS choqué
Une fois n'est pas coutume, des élus socialistes ont embrayé derrière la charge mélenchonienne. Jugeant "choquantes" les conditions dans lesquelles l'élève de 3e a été remise à la police, le porte-parole du Parti socialiste David Assouline a déclaré que "les circonstances et les responsabilités qui ont amené la préfecture à prendre une telle décision doivent être clairement établies". "Faire descendre d'un bus par les forces de l'ordre une élève devant l'ensemble de ses camarades de classe est insupportable et inacceptable", a-t-il martelé. Exprimant son "effroi", le député socialiste Pouria Amirshahi a quant à lui demandé "le retour immédiat de Leonarda ainsi que sa famille en France". Mercredi matin Bruno Le Roux, patron des députés PS, a déclaré plus sobrement sur LCI qu'il ne fallait "pas aller chercher les enfants à l'école".
Manuel Valls n'a pas été sourd à ces protestations : tard dans la soirée, il s'est fendu d'un long communiqué pour tenter d'éteindre l'incendie avant qu'il ne s'étende. Le ministre s'est en revanche montré imperméable aux critiques. Comme Claude Guéant et Brice Hortefeux avant lui, également brocardés par la gauche pour leurs méthodes, il s'est abrité derrière la loi. Affirmant simplement appliquer "avec fermeté les décisions d'éloignement tout en veillant scrupuleusement au respect des droits des étrangers qui font l'objet d'une mesure d'éloignement".
Deux versions des faits
Et le ministre de livrer sa version détaillée du déroulé des événements : le 9 octobre, la police aux frontières du Doubs et la gendarmerie "se sont rendues au domicile de la mère et des enfants pour assurer leur retour au Kosovo", où le père de famille avait été expulsé la veille. Constatant que "l'une des enfants était absente", "un membre du comité de soutien de la famille a, en présence de la mère, appelé cette jeune fille sur son téléphone portable", écrit Manuel Valls. "Il a été convenu entre la famille, le représentant de son comité de soutien, l'enseignante en charge de la sortie scolaire et les forces de l'ordre de laisser la jeune fille sortir du bus afin de lui permettre de rejoindre sa famille".
Le récit d'une enseignante présente dans le car, rendu public par le Réseau éducation sans frontières (RESF), est tout autre. Selon elle, c'est le maire de Levier qui a téléphoné à l'adolescente puis demandé aux professeurs d'arrêter immédiatement le véhicule. "Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais ça totalement inhumain", témoigne Mme Giacoma. Mais l'autocar s'est finalement arrêté et les policiers sont venus chercher la jeune fille. Via un article mis en ligne par RESF, les professeurs du collège et du lycée de Pontarlier où étaient scolarisées Leonarda et une des soeurs se sont déclarés "profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue".
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